lundi 11 octobre 2010

Le Nobel 2010

Le Nobel d'économie 2010 vient de tomber. Ce sont trois chercheurs en économie du travail qui ont été récompensés : Diamond, Mortensen et Pissarides. En quelques mots, ils ont fondé un cadre d'analyse du marché du travail qui prend en compte le processus de recherche d'emploi et qui a été très fécond pour comprendre les imperfections du marché du travail.

Notamment, ce cadre permet de comprendre et de modéliser la coexistence de chômeurs et d'emplois vacants dans une économie et de mesurer l'efficacité de "l'appariement", c'est-à-dire la capacité du marché du travail à mettre en relation les travailleurs et les employeurs.

Maintenant, les économistes ne conçoivent plus le marché du travail comme un stock d'employeurs juxtaposé à un stock de travailleurs mais réfléchissent plutôt en termes de "flux" de destructions et de créations d'emplois.

C'est d'ailleurs ainsi qu'on a découvert que les marchés du travail dans la plupart des pays créaient et détruisaient beaucoup plus d'emplois qu'on ne pourrait le soupçonner à première vue. Cahuc et Zylberberg démarrent leur célèbre ouvrage sur le chômage en soulignant le fait que 10 000 emplois sont créés et 10 000 autres sont détruits chaque jour en France.

Bref, en résumé : bravo à eux trois.

6 commentaires:

  1. Quid de l'association de Diamond aux deux autres ? C'est un peu comme si on avait récompensé Krugman pour son travail en macroéconomie internationale sans mentionner son travail en commerce international non ?
    Quid de la légitimité de ce Nobel ?
    Qu'est qu'une fonction d'appariement ? Est-ce qu'on ne donne pas trop d'importance à des modèles qui font tourner à plein régime les équations de Bellman avec toutes les hypothèses que cela implique sur le comportement des agents?
    Et au fait, le chômage dans ces modèles il est volontaire ou pas ? [je n'attends bien évidemment pas de réponse à cette question]
    Bref, bravo pour leur travail mais personnellement j'en attends un peu plus d'un lauréat !

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  2. "Bref, bravo pour leur travail mais personnellement j'en attends un peu plus d'un lauréat !"

    Changer la vision des économistes dans un domaine c'est déjà pas mal non?

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  3. @Anonyme :

    Bonjour,

    Chacun de ces trois économistes est à l'origine de travaux dans plusieurs domaines. On pourrait les énumérer tous, mais visiblement, l'objectif était plutôt de récompenser les auteurs de la théorie du "job search".

    La question de la légitimité du nobel d'économie revient chaque année. Je ne lancerai pas de débat là-dessus. Mon avis est que c'est une question sans intérêt et que l'argument de la légitimité est trop souvent utilisé à mauvais escient pour critiquer des travaux avec lesquels on n'est pas d'accord. Je pense qu'il vaut mieux critiquer les idées (comme vous le faites également) plutôt que de poser des questions métaphysiques du type "s'agit-il d'un vrai prix nobel ?"

    La définition d'une fonction d'appariement est une question technique qui, à mon avis n'a pas sa place ici. D'ailleurs, je pense qu'il y a une petite confusion car ces modèles n'utilisent pas à ma connaissances les équations de Bellman (qui interviennent plutôt dans le domaine du choix intertemporel).

    De manière générale, je vois dans votre critique de "l'importance des modèles" une vision erronée de l'usage qui en est fait. Le modèle de job search n'est pas important au sens où il apporterait une grande réponse à des questions fondamentales sur le chômage. Au contraire, ce modèle (et toutes les variantes qui en découlent) permet de poser de nouvelles questions et d'approcher les problèmes d'une nouvelle façon. De plus, ce modèle relâchent une hypothèse sur le marché du travail ; il est donc en un sens plus réaliste que bon nombre de modèles qui l'ont précédé.

    D'ailleurs, l'intérêt de ce modèle n'est pas uniquement théoriquement mais également (et même surtout) dans la masse de travaux empiriques qui en découlent. Cet élément est souvent ignoré par les critiques du courant orthodoxe.

    Au passage, je réponds quand même à votre question (je n'ai pas compris pourquoi vous n'attendiez pas de réponse) : ces modèles incorporent tous du chômage involontaire lié aux recherches d'emplois qui n'aboutissent pas. Après, ils peuvent être facilement modifiés pour incorporer du chômage volontaire ou d'autres formes de chômages involontaires.

    Bref, je pense que la vision du "grand modèle un peu douteux" se focalise sur les mauvais éléments. Notamment parce que le modèle est facilement modifiable pour incorporer de nouveaux éléments et ensuite parce qu'un des intérêts d'un modèle, c'est les travaux empiriques qu'il permet de mener pour tester certaines hypothèses sur le fonctionnement du marché du travail.

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  4. "D'ailleurs, je pense qu'il y a une petite confusion car ces modèles n'utilisent pas à ma connaissances les équations de Bellman (qui interviennent plutôt dans le domaine du choix intertemporel)."

    Vous parlez de quel modèle ?

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  5. Les modèles de job search et d'appariement n'utilisent pas les équations de Bellman il me semble.

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  6. Modèle de base avec job search : http://sites.google.com/site/pierrecahuc/chapMIT3FFig.pdf

    Avec appariement :
    http://individual.utoronto.ca/zheli/D12.pdf

    Enfin, la définition d'une fonction d'appariement n'est pas qu'une "question technique" :
    http://eprints.lse.ac.uk/2122/1/Looking_Into_the_Black_Box_A_Survey_of_the_Matching_Function.pdf

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