vendredi 15 octobre 2010

Le marché rend-il méchant ?

On va faire jouer des individus à deux jeux. Le premier jeu s'intitule "Jeu du marché financier" et le deuxième "Jeu communautaire". Ces deux jeux sont absolument identiques : ce sont des dilemmes du prisonnier, jeu célèbre dans lequel les joueurs doivent essayer de coopérer alors qu'ils ont des incitations très fortes à ne pas le faire.

Si les jeux sont identiques, on devrait s'attendre à voir des comportements identiques chez les joueurs. Pourtant, lorsqu'ils jouent au jeu du "marché financier", les joueurs coopèrent beaucoup moins que lorsqu'ils jouent au "jeu communautaire". Est-ce que la simple évocation du marché ou de la finance suffit à rendre les gens égoïstes ? Difficile à dire. Les auteurs de l'étude avancent trois hypothèses.

1) Les individus qui participent à l'expérience essaient instinctivement de se comporter comme le souhaiteraient les concepteurs de l'expérience. Le nom du jeu donne une indication sur le type de comportement qui est approprié.

2) Les joueurs n'aiment coopérer que lorsqu'ils pensent que les autres joueurs vont également coopérer. Le nom du jeu influe peut-être sur les anticipations que les individus se font du comportement des autres. On s'attend moins à voir de la coopération en face quand le jeu s'appelle "marché financier" et donc on réagit en coopérant moins.

3) Les noms des jeux valorisent des qualités différentes. Les joueurs peuvent choisir, par leur comportement, de montrer qu'ils possèdent les qualités mises en avant : la capacité à coopérer lorsque le jeu s'intitule "jeu communautaire", la capacité à tromper ses adversaires lorsque le jeu s'appelle "jeu du marché financier".

L'étude n'est pas encore terminée et les auteurs n'ont pas encore pu trancher entre les trois hypothèses. Mais rien n'empêche de spéculer. Qu'en pensez-vous ?

5 commentaires:

  1. Pas assez d'éléments pour prévoir. Mais vu comme sont menées ces expériences, je dirai réponse 1.

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  2. Les trois hypothèses sont plausibles. Ce qui est sûr, c'est que c'est un cas intéressant de "framing". Les travaux de Michael Bacharach autour de la variable frame theory auxquels je m'intéresse en ce moment peuvent permettre d'éclairer ce genre de phénomène.

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  3. Excellent !
    Un mélange des trois n'est-il pas possible ?
    Sinon, dans la série, on devrait aussi tester l'influnce du "look" des expérimentateurs. Sûr que ça joue sur certain joueurs.

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  4. Pourquoi y a-t-il tant d'attention portée au dilemne du prisonnier, alors que ce n'est tout de même pas tellement représentatif de ce qui se passe dans la vie réelle ? Les comportements non coopératifs sont avant tout sanctionnés par l'exclusion du joueur au tour suivant.
    Si on s'intéresse aux marchés financiers, rappelons nous qu'il y a 20-30 ans, les transactions étaient réalisées à la corbeille, par des agents qui échangeaient des sommes très importantes sans aucun moyen de preuve tangible. L'accord de la contrepartie était "matérialisé" par un hochement de tête ! Rien de plus facile que de contester après coup la réalité de la transaction. Et pourtant ça marchait très bien, même lorsque l'une des parties avait perdu une grosse somme entre la vente à la corbeille et le règlement !
    En fait la seule sanction possible était de cesser de faire affaire avec la charge qui aurait essayé de renier ses engagements.

    Cordialement,

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  5. "rappelons nous qu'il y a 20-30 ans, les transactions étaient réalisées à la corbeille"

    Et bien avant ça les ventes de bestiaux sur les foires, qui se concluaient par une simple poignée de mains, et les ventes de diamants à Amsterdam et ailleurs. Là aussi, le principe est que celui qui fait défaut est exclu du marché.

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